L’ortie dioïque et Extrait fermenté d’orties ou plus simplement purin d’orties

Publié le 13 Mai 2018

Valais, au temps de ma formation en herboristerie.

Bonjour!

Le purin d’ortie c’est quoi ? C’est la fermentation des feuilles et tiges d’orties dioïques, dites grandes orties.

Famille des urticacées.

« Ortie » dérive de Urtica, nom de la plante chez les Romains. Ce nom trouve lui-même son origine dans le verbe latin uro, brûler. Dioica, « dioïque » en français, est l’adjectif désignant les végétaux dont les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portées sur des pieds différents. »

François Couplan

Bon, il faut que je vous dise quelque chose avant de continuer. Pour vous raconter les orties que j’adore, j’ai un peu triché. Je me suis servie d’un extrait de mon travail de diplôme. Je sais, je ne devrais pas. Il est propriété privée de l’Ecole…je vais me faire taper sur les doigts, c’est sûr. Mais je préfère le dire tout de go, plutôt que de faire des copiés et des collés débiles, ou de tout réinventer, je préfère emprunter à cette belle école un bout du travail d’une vieille élève. De toutes manières, je ne vais pas utiliser ces lignes pour les vendre, alors…elles sont utiles, oui ? précieuses ? ho oui, gratuites ? oui….

Vous allez vous apercevoir que je mentionne le nom de Ferpècle. C’est un alpage d’altitude en Valais en Suisse. Il a été mon terrain de jeu pour ce travail de mémoire. Je vous en parlerai une autre fois. Allez, les orties maintenant!

 

Où les trouver:

Les orties sont subcosmopolites, c’est-à-dire que l’on trouve ces plantes un peu partout dans le monde. Elles poussent en plaine, à l’étage collinéen, subalpin et alpin, à condition que la terre soit riche en azote et humide. Elle est fréquente aux alentours des chalets d’alpage, des reposoirs à bestiaux, ainsi que dans les décombres, le long des chemins et en forêt. Elle peut pousser jusqu’à 3000m d’altitude.

Comment les reconnaître:

L’ortie dioïque est une plante vivace mesurant de 50 cm à 120 cm de haut. Elle est munie de longues tiges souterraines qui propagent la plante et lui permettent de former de grandes colonies. Son feuillage est vert foncé. Ses feuilles sont oblongues, en forme de cœur, opposées, dentées et mesurant généralement plus de 5 cm à l’âge adulte. La tige et ses feuilles sont couvertes de poils urticants entremêlés de poils plus courts.

« Les poils creux de l’ortie sont formés de silice cassante. Chacun se comporte comme une mini-seringue capable d’injecter une substance allergisante qui contient de l’histamine: 1/10000 de gr. suffit à provoquer une réaction sur la peau« . Yves Thonnérieux

Cueillettes:

Il vaut mieux cueillir de jeunes pousses dès le printemps et ensuite des orties qui ont été fauchées l’été et qui repoussent. Elles sont toutes tendres et vives. Le feuillage plus ancien prend une saveur de poisson, mais ce n’est pas mauvais, c’est juste un peu plus curieux.

Il faut choisir un endroit où il n’y a pas trop de passages d’animaux. Vaches, chiens, moutons. Il y a des lieux où elles abondent qui ne sont pas forcément sains. Il se peut qu’il y ait une ancienne décharge. L’ortie absorbe le fer et aime pousser sur des décombres de vieilles machines rouillées. On ne sait jamais ce qu’il y a dans le sol exactement, moi j’évite ce genre d’endroit. Par contre, à Ferpècle, je connais des coins où je peux sans soucis les cueillir. Par exemple, autour d’anciennes « fumassières » qui ne sont plus utilisées depuis plusieurs années. Il faut aussi que les plantes soient en pleine santé. Ne pas prendre les plantes qui jaunissent, noircissent ou qui sont infestées de chenilles.

C’est sûr, toucher des orties, ce n’est pas très agréable! J’ai bien évidemment des souvenirs brûlants. A Ferpècle, les orties sont à peu près partout. Enfant, j’ai pu sentir leur effet sur tout le corps. Combien de fois suis-je tombée dedans? Je ne saurais le dire. Qui n’a pas déjà ressenti cette sensation vive de la piqûre d’ortie?

Maurice Mességué raconte que nous pouvons opter pour la cure préconisée par l’un de ses vieux amis gascons, incorrigible coureur de jupons, et qui, pour se redonner du cœur à l’ouvrage, se roulait périodiquement dans les champs d’orties… »Il ne faisait en cela que joindre la sagesse populaire, selon laquelle les piqûres du végétal stimulent l’organisme (on disait aux enfants qui revenaient les mollets tout piqués d’orties, qu’ils avaient gagné la santé pour la vie, et qu’en tout cas ils n’auraient jamais plus de rhumatismes) ».

La première fois que je me suis confrontée à la cueillette des orties lors d’un stage de cuisine sauvage comestible, il m’a fallu du temps pour oser pincer la tige de l’ortie juste sous les deux premières feuilles, avec le pouce et l’index, le petit doigt relevé… Eh bien pour la cueillir il suffit de faire ainsi. Pas besoin de gants, juste d’un pantalon et des chaussures fermées. Après la cueillette, le bout de mes deux doigts sont chauds et rougis. J’ai l’impression d’avoir des petits coussinets sensibles et un peu piquants. Ce n’est pas particulièrement désagréable.

Ne pas mettre la main dans le sac!

Normalement, les orties mouillées, séchées ou chauffées perdent leur agressivité ce qui rend la manipulation plus aisée.

Pour les personnes les plus sensibles, une paire de gants de cuisine ou de jardin fait l’affaire. Certaines personnes utilisent aussi une paire de ciseaux.

Pour le purin, on ramasse la plante entière, juste avant sa floraison, en mai en général. Je me serre d’une serpette de druide, de gants de cuisine et d’un grand sac ou tablier que j’attache autour de la taille. Attention de ne pas arracher les racines au passage de la serpette, pour préserver la plante, bien entendu.

 

Qu’elles-sont leurs propriétés:

« Les feuilles renferment des provitamines A, de la vitamine C, divers sels minéraux, du tanin, des mucilages et des acides organiques. On leur accorde la propriété d’éliminer les toxines de l’organisme ». François Couplan

En substances minérales, elle contient principalement du calcium du potassium, du fer, du phosphore et du magnésium.

Selon Pierre Lieutaghi, le fer et la chlorophylle influencent favorablement la formation du sang dans notre organisme. La chlorophylle favorise les réactions du métabolisme cellulaire, la cicatrisation des plaies et, en tant que substance azotée, elle supplée au manque de protides. Elle stimule la glande thyroïde et contribue puissamment à l’équilibre de notre santé.

L’ortie est conseillée aux personnes anémiées, aux asthéniques, aux convalescents et aux personnes âgées.

L’ortie est aussi légèrement diurétique, dépurative et laxative.

A forte dose, l’ortie peut supprimer les urines, ses graines doivent être écartées de toutes préparations.

« Mangez chaque jour de l’ortie au moment des grippes printanières, puisque la nature nous offre alors elle-même de saines armes contre les derniers assauts du vieil hiver! » Pierre Lieutaghi.

L’ortie est astringente, régulatrice des sécrétions intestinales, anti-diarrhéique, dépurative. Elle a des effets favorables pour les maladies chroniques de la peau ou dans les éruptions d’urticaires d’origine alimentaire.

Elle prévient la dégradation des cartilages articulaires.

En usage externe, elle soigne les saignements de nez, les angines, les aphtes, les inflammations ou engorgements des gencives.

Elle favoriserait la croissance et la repousse des cheveux. « On creusait les racines des orties qu’on trouvait au bord du chemin, on les lavait pour qu’elles soient vraiment propres. Et ensuite on les bouillait et on laissait refroidir à température ambiante et on se lavait la tête avec cette eau. Soi-disant, ça évitait la chute des cheveux. » Sabine Brüschweiler. D’ailleurs, elle se retrouve souvent dans la composition de shampoing.

Selon Yves Thonnérieux, l’ortie est une panacée. « Dès l’âge de bronze, des vêtements ont été tissés avec les tiges fibreuses de cette plante. Et depuis l’Antiquité, on applique des orties pour soulager les rhumatismes avec succès. La racine utilisée en lotion retarderait la calvitie (il suffit parfois d’y croire!). Les cures de plantes dépuratives et toniques que les ruraux s’auto-administraient à la fin de l’hiver passaient inévitablement par l’ortie; et les nourrices buvaient des décoctions de feuilles pour doper leur lactation! Les messieurs pour leur part, comptaient sur un dopage d’une tout autre nature: avant l’irruption du Viagra, les graines d’orties étaient appelées au secours d’une virilité défaillante! Une chose est sûre, cette plante est riche en fer, en vitamines A et C et son taux de protéines est supérieur à celui du soja, ce qui fait de l’ortie un substitut ignoré de la viande. »

Maurice Mességué raconte aussi que « c’est le poète latin Petrone, selon lequel, pour redonner leur virilité aux hommes, il convient de les fouetter avec un bouquet d’orties « au-dessous du nombril, sur les reins et sur les fesses » ».

Dans le livre de Denise Delcourt, il y a un chapitre intéressant sur la maladie et le remède. Dans la médecine traditionnelle des Hautes Vallées briançonnaises, il existe une représentation selon laquelle, le mal doit être soigné par le mal. Ainsi, on peu lire le témoignage d’un homme qui explique que lorsqu’il souffre de rhumatismes, il se fait une litière d’orties, sur laquelle il se couche toute une nuit. « Le lendemain, je n’ai plus mal. La brûlure de l’ortie est plus forte que le chaud du rhumatisme. Ca soigne comme ça. »

Je ne suis pas pour ce genre de pratique. Il m’est arrivé d’aller me faire « soigner » chez une personne qui pratique cette méthode du mal par le mal. J’y suis allée deux fois, et je lui ai dit qu’elle devait être sadique, et que moi je ne suis pas masochiste. Je n’y suis jamais retournée. Je suis persuadée que cela est efficace, je ne remets pas en question cette méthode, mais personnellement, je trouve cela assez violent.

« Pour obtenir un suc frais pour lutter contre les saignements il faut faire infuser 250 g d’ortie fraiche dans 1,5 litres d’eau bouillante durant 12 heures. Puis filtrer, ajouter au liquide le double de son poids en sucre. Boire 200 à 300 gr par jour, (3 verres à bordeaux environ!).

Pour lutter contre les problèmes de peau, soit on mange cuite aux 2 principaux repas, soit on boit la décoction: 40 à 60 gr. de plante fraiche par litre d’eau jusqu’à réduction d’un tiers; 2 à 3 tasses par jour.

« En usage externe contre les saignements de nez; introduire un coton imbibé de suc frais dans les narines pour voir cesser l’hémorragie.

Le suc ou la décoction s’emploie en collutoire ou en gargarisme dans l’angine, les aphtes, les inflammations ou engorgements des gencives. «  Pierre Lieutaghi.

 

Dans le Val d’Anniviers, (Alpes suisses), selon Sabine Brüschweiler, l’ortie faisait partie de la composition de soupe. Les paysans en consommaient deux fois par jour.

En cuisine, l’ortie avec le chénopode bon Henri fait partie des soupes printanières, soupes de chalet, soupes aux légumes.

Voici une recette de François Couplan qui nous offre la possibilité de faire autre chose que des soupes, il s’agit de canapés d’orties.

Pour 4 personnes:

150 gr de jeunes pousses d’orties, 100 gr de beurre, 1 cuillère à soupe d’huile d’olive, 1 gousse d’ail, le jus d’1 citron, ½ cuillère à café de sel, 125 gr de pain.

Malaxer le beurre crémeux (ramolli à la chaleur) avec l’huile d’olive, le jus de citron, l’ail pressé et le sel. Hacher très finement les orties crues et les incorporer au mélange précédent. Tartiner de beurre d’ortie de belles tranches de pain de campagne et les détailler en petits carrés de la taille d’une bouchée. Décorer de diverses fleurs comestibles.

L’ortie entre aussi dans toutes sortes de compositions culinaires dans lesquelles elle fait merveille. En salade, en omelette, en gratin, flan, crêpes etc..

En salade, il faut bien la laver, la couper très fin et l’enrober suffisamment de sauce bien onctueuse, moi, j’ai toujours la crainte d’être piquée, certainement un peu traumatisée depuis l’enfance!

J’ai essayé une fois une tarte à l’ortie, au plantain lancéolé et aux amandes. J’ai blanchi les orties, cuit le plantain et coupé finement. Dans un saladier, j’ai mélangé la farine, les œufs, le lait comme pour une pâte à crêpes, salé, sucré, et j’ai incorporé les orties, le plantain et les amandes râpées. J’ai étalé la farce sur de la pâte à gâteau et j’ai cuit au four 30 minutes. Eh bien, c’est très bon!

Image volée sur le net. http://www.marmiton.org

Ce que j’aime bien aussi c’est de l’associer dans un plat de poisson, comme légume.

En fait, il suffit d’essayer et de laisser son esprit aller dans la créativité.

 

ET LE PURIN, ALORS?

Il a bien fait couler bien de l’encre, ces dernières années. Ma foi, c’est une recette qui existe depuis bien longtemps sans avoir jamais été brevetée. Utilisée par les jardiniers pour nourrir leurs légumes au potager et faire fuir les pucerons et les acariens en pulvérisation. Le purin d’ortie est riche en azote et en fer. C’est un activateur de compost quand il est utilisé pur. C’est un excellent fertilisant.

Je me rappelle avoir entendu ou lu quelque part que cette fabrication pourrait provoquer des désagréments, puisque aucune recherche scientifique n’avait été faite. Par mesure de précaution, cette formule ne doit pas être utilisée dans vos jardins. Son utilisation est interdite. Préférez donc, des produits issus de la chimie! Là on est sûr que la nature et les hommes sont protégés.

C’est qui, on ? Moi je ne suis pas « on ». Je suis une personne qui a utilisé et utilise cette formule pour mon jardin. Et alors ? Ben, à part les mouches…ça n’attire que les emmerdes administratives. Ceux qui n’aiment ni les mouches, ni les emmerdes, sont priés de s’abstenir. Ceux qui n’aiment que l’odeur du connard wc, aussi!

Voulez-vous la recette?

La recette c’est: 1 kg de grandes orties fraîches ou 100 gr d’orties séchées dans 10 litres d’eau de pluie ou de source pour éviter l’excès de chlore. Laissez macérer à couvert, avec un rond de bois flottant par-dessus pour que les plantes restent bien sous le niveau de l’eau, sinon elles s’oxydent. Utilisez un tonneau en plastique ou autre, sauf en métal. Je l’ai fait une fois et les plantes s’oxydent. Selon la température, durant 5 à 21 jours, (5 jours suffisent à 25 degrés, ou 21 jours si la température est inférieure à 10 degrés). Brassez tous les jours. La fermentation est terminée lorsqu’il n’y a plus de bulles qui remontent à la surface. Ensuite filtrez grossièrement et de préférence utilisez-le tout de suite.

Il se peut que la fermentation continue et provoque cette odeur très très caractéristique…qui attire les grosses mouches du quartier, vous sentez ce que je veux dire? Il arrive que l’odeur soit forte, mais c’est normal, l’ortie fermente et sent l’urine de vache. Il se peut qu’elle se conserve mal et elle tourne, à ce moment-là elle sent vraiment le purin et c’est très désagréable.

Voilà pourquoi: purin d’orties!

 

Moi, je l’utilise quand-même, et pas sur mes légumes…mais durant 3 jours, le jardin se transforme en fumassière…ça pue! Les plantes qui n’ont pas de museau, sont ravies.

Utilisez un arrosoir de 10 litres, le compte sera facile à faire.

Mon jardin est content, toutes les plantes qui ont envie d’avoir et de recevoir leur dose, frissonnent d’aise. Elles sont belles, brillantes, droites, vivantes, fières. Elles luttent avec fougue contre les ravageurs et accueillent en leur sein, une foule d’insectes et de gastéropodes en quête de gite et de nourriture. Le jardin est luxuriant grâce aux orties, grâce aux soins prodigués, grâce à la présence d’autres plantes utiles et autres extraits fermentés, grâce aux insectes, grâce aux oiseaux, grâce à l’humus et aux vers de terre. Ça grouille de vie. Ça gargouille, ça chatouille.

Chaque partie est la somme d’un tout. C’est de qui déjà? Je crois que la phrase n’est pas exacte, elle est un peu simplette. Non, en fait la voici:  « Le tout est plus que la somme des parties. »  Aristote. On parle alors d’holisme, qui en Grec veut dire « entier ». Sur Wikipedia, j’ai trouvé une phrase encore plus parlante pour illustrer mes propos: « la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l’évolution créatrice« . Je comprends par là, et par rapport au purin d’orties plus particulièrement, que le purin d’orties n’agit pas tout seul. Il serait réducteur de croire, que isolé, ils fasse à lui tout seul des miracles. La vie est ainsi, il participe avec d’autres parties, à l’élaboration de la vie. Et si cet axiome mérite d’autres explications, j’en ai trouvé des gratinées sur internet. Je vous laisse aller vous informer.

Et à moi, ça me donne envie de continuer, de jardiner et de partager.

Merci Jac pour ton encouragement. Il m’en faut un peu, pour avoir envie de poser mon derrière sur une chaise devant l’ordinateur. Mais, cela pourrait faire d’autres miracles, donner envie aux intéressés de venir visiter notre magnifique eden…ou pire encore, de faire partie des parties!

A bientôt

Myriam

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