Pré de rêve

Publié le 3 Décembre 2014

Je rêve….oui, je rêve, heureusement, c’est bien de rêver!

Cela fait maintenant deux années que je vis dans le Gard, dans le beau village de Saint-Jean-De-Maruéjols. Le village est vivant. Je crois qu’il y a un millier d’habitants à l’année sur la commune. Proche de Barjac, proche d’Uzès…mais surtout proche de la nature.

Il y a, juste au-dessus, sur la colline surplombant le village et la Cèze, un pré! En fait, il y a pas mal de prés, mais celui-ci est particulier pour moi. En pente douce, disposé sud-est, entouré de la forêt de chênes, une clairière toute en lumière avec une belle vue sur les collines boisées et restées sauvages. Ce pré est protégé du mistral. Durant l’été, les herbes restent bien vertes, il doit y avoir de l’eau là-dessous. Ce pré est apaisant par la profondeur de son calme. Personne ne vient ici. Je le sais car je m’y rend régulièrement. Il y a des traces de passages successifs des sangliers. Il y en a plein par ici. Nous avons pu voir une famille entière à plusieurs reprises, je crois qu’il devait bien en avoir 15 en comptant tous les petits marcassins. Les chasseurs passent peut-être par là de temps en temps, fusils au poing, avec la casquette orange et le gilet de la même couleur.

Les chasseurs? Je ne peux m’empêcher de ressentir une vive colère…Alors, je tente de comprendre la motivation de ces personnes qui aiment se rassembler, boire un canon (pas de fusil), s’organiser pour rabattre le gibier, déplier la chaise de grand-maman et se placer juste sur le passage pour être certain de ne pas rater l’animal « sauvage », rabattu par la meute de chiens et les beuglements des coéquipiers. J’essaie véritablement…mais je n’y arrive pas! Alors je recommence, j’écoute les arguments: « Faut bien réguler le nombre! », « Moi, je n’aime pas tuer, mais… » (Les racistes disent presque la même chose, en changeant le verbe tuer, par une alternative stigmatisante, ça ne me rassure pas!), « J’aime la nature, mais… », « Aller à la chasse avec mon chien, ça me fait du bien », (ça j’entends!), « les gens aiment manger la chasse en automne », bref….Il y a les solitaires en compagnie de leur chien qui ramassent des champignons et il y a les autres qui ont un rôle fondamental à jouer au sein de notre belle société…Je suis perplexe!

Ce petit texte n’a pas la prétention de faire une analyse sur la motivation des chasseurs, mais je n’ai pas pu m’empêcher un petit hoquet nerveux, c’est comme un tic.

Alors, oui, pré de rêve!

Dans « mon » pré, là-haut sur la colline, je me sens bien. Il me rappelle un peu les prés dans lesquels je me suis retrouvée parfois, enfant, à faire des roulés-boulés, à rire du chien qui voulait jouer avec mes oreilles durant le temps de la chute. Des rêveries, des observations enfantines, des cueillettes de bouquets de fleurs pour maman. Des foins avec les paysans durant l’été. Souvenir de prés aux mille fleurs, d’une richesse extraordinaire. Ben, oui, un peu de nostalgie! Ce pré est un souvenir présent. Il est le lieu de la rencontre de mes mondes. Ici je me sens unifiée. Aujourd’hui, il n’y a que mon coeur qui fait des roulés-boulés. Je poursuis ma rêverie, mes observations qui ont su garder leurs côtés enfantins et qui ont évolué depuis. Je cueille encore avec beaucoup de tendresse les fleurs de ce lieu. Je ne les offre plus à ma mère, mais je les offre sous forme de tisane, de macérat, d’hydrolat.

Aujourd’hui plus que hier, je remercie ces plantes d’être si belles et si généreuses. Je remercie l’eau d’être présente, en deux mots, je suis reconnaissante à la vie, d’être en vie!

Le thym, ici, pousse surtout sur le haut du pré, il en pousse tout plein. Du fait de la abondance en eau dans le sol, il est tendre et ses fleurs sont épanouies et grandes, à contrario du thym qui pousse sur des terres arides. Le thym de « mon » pré a une odeur très douce. Avant toute chose, je me baisse, je ferme les yeux pour mieux sentir, je reçois la fragrance dans mes neurones, je me redresse, soupire et souris largement! J’adore voir Jac qui s’en met plein les narines, qu’il déploie fièrement comme un pot de fleurs à deux entrées. Une véritable ivresse des sens! Le bonheur! Il y a aussi les abeilles qui en profitent. Avez-vous déjà goûté au miel de thym? Idéal en hiver…

Dans « mon » pré, je ne ramasse que ce thym-là, avec parcimonie. Je prends environ 4 brins par plante. Il doit y avoir deux cents plantes. En calculant bien, ça me fait une cueillette de 1200 brins de thym….Il est précieux et rare dans cette région. Et oui, le thym au linalol est rare par ici. La plupart des plantes de thym sont très très fortes, puissantes, décoiffantes. Elles ont développé de sacrées défenses pour tenir le coup. Le climat du nord du Gard est terrible. Il brûle tout en été et il gèle tout en hiver. Faut y aller pour survivre par ici! C’est pour cela que ce pré est magique…Il est tendre et fleuri, il est silencieux et vibrant, il est riche et généreux, Il est beau et discret, il est un lieu idéal pour les chevreuils, les sangliers et pour les insectes. Il est un lieu de ressources pour moi. Que demander de plus?

J’aimerais qu’il ne change jamais. J’aimerais que personne ne vienne l’abîmer. Sa rareté et sa beauté en font un lieu fragile à respecter et à aimer.

Non, il n’y a pas de photographies…..

Par contre je peux vous montrer les narines en pots de fleurs de Jac….mais, non!

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